Mars 2025 : du frelon asiatique au retour du chef de guerre, le grand écart de la politique française en pleine lumière

Mars fut un mois de contrastes saisissants pour la politique française. Tandis qu’Emmanuel Macron refaisait surface sur la scène internationale, multipliant les déclarations stratégiques et les prises de leadership en Europe, la classe politique nationale semblait davantage s’intéresser au frelon asiatique ou au retour du débat sur les retraites. Retour sur les mouvements marquants du mois.

Macron, la revanche du visionnaire européen

Annoncé politiquement affaibli voire démissionnaire il y a encore quelques semaines, Emmanuel Macron a retrouvé un souffle inattendu sur la scène internationale. Sa prise de position tranchée en faveur d’une autonomie stratégique européenne (projet qu’il avait initié dès sa prise de fonction), couplée à un discours offensif sur le réarmement de la France, lui a valu un regain de popularité, y compris au-delà des frontières hexagonales. Le retour d’un Donald Trump « va-t-en-taxes » à la Maison-Blanche a renforcé la pertinence de son plaidoyer en faveur d’une Europe de la défense, alors que Berlin et d’autres partenaires commencent à voir dans sa ligne une nécessité plutôt qu’une lubie française. Le changement de position de l’Allemagne sur les freins à son endettement et la remise en question de son positionnement d’avec les Etats-Unis sont à ce titre historiques.

Dans le même temps, le Président réunissait non pas un conclave sur les retraites mais celui des chefs d’états-majors européens, tentant d’imposer la mélodie française dans un concert où chacun joue sa propre partition – parfois faux, souvent trop fort.

C’est également depuis le sommet de l’Élysée qu’Emmanuel Macron a décidé du remplacement du PDG d’EDF. Ce dernier était devenu la cible des industriels comme Thales qui l’accusaient de vouloir leur vendre l’électricité trop cher et de ne pas respecter l’accord avec les industries « electro-intensives ». Les retards pris pour les EPR2 ont aussi peser dans la balance alors que le RN cible le Gouvernement sur le prix de l’électricité qui pourrait doubler après l’accord post-ARENH. Ce limogeage en place publique rappelle celui du chef d’état-major des armées Pierre de Villiers, preuve que le Président de la République souhaite à nouveau peser sur les enjeux nationaux. Après sept années au pouvoir et de nombreuses crises, Emmanuel Macron semble déterminé à impulser une nouvelle dynamique positive pour les deux dernières années de son mandat et, ainsi, peut-être réussir à redresser l’image qu’il laissera aux Français.

Une Assemblée nationale dans sa bulle : Bayrou s’enlise, la retraite revient et le frelon asiatique s’invite au programme

Pendant que Macron s’employait à redéfinir la place de la France dans le monde, le retour du fameux conclave sur les retraites semblait un brin décalé. Comme si le pays avait envie de repartir pour un tour de montagnes russes sociales.

Dans le même temps, l’Assemblée a adopté une proposition de loi visant à lutter contre le frelon asiatique. Certes, l’insecte est une plaie pour les apiculteurs, mais difficile de ne pas voir l’ironie du moment : alors que le monde tremble face aux tensions internationales, nos parlementaires brandissent la tapette à mouches en guise de priorité nationale.

De son côté, François Bayrou, longtemps considéré comme le sage de la Macronie, traverse une zone de turbulences. Contesté dans sa propre famille politique et englué dans des affaires judiciaires qui nuisent à son image, le leader du Modem semble en perte de vitesse. Une situation qui rappelle que la fidélité en politique est une qualité aussi volatile qu’un tweet mal calibré.

LR et PS : 2027 en ligne de mire

À droite, la bataille pour prendre le parti a démarré sous les chapeaux de roues avec en ligne de mire les présidentielles 2027. Entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez, la compétition pour incarner l’avenir des Républicains s’intensifie. Alors que Wauquiez se rêvait en candidat naturel pour 2027, Retailleau profite à plein régime de son exercice ministériel pour devenir le « nouveau prince » à droite, en appuyant fortement sur le champignon des relations avec l’Algérie pour attirer vers les lui les électeurs LR partis au RN.

À gauche, c’est un autre duel qui se prépare, avec une élection interne cruciale pour le Parti socialiste. Olivier Faure, contesté par les modérés du PS, voit émerger des figures plus consensuelles prêtes à tourner la page de l’alliance bancale avec La France Insoumise. L’objectif ? Refaire du PS une alternative crédible pour 2027, alors que Jean-Luc Mélenchon peine à rassembler et que les Verts s’efforcent d’exister entre leurs querelles internes. La gauche semble aujourd’hui une pièce de théâtre dont personne n’a retenu le texte, chacun improvisant sa réplique dans un brouhaha général.

Le Rassemblement National face à l’équation internationale

Si le RN a bâti son succès sur une ligne souverainiste et anti-mondialiste, la question de son positionnement sur les affaires internationales devient de plus en plus épineuse. Jordan Bardella et Marine Le Pen cherchent à se démarquer de la ligne présidentielle sans pour autant heurter leur électorat, partagé entre une méfiance envers les institutions supranationales et la nécessité d’un certain réalisme diplomatique.

La position du RN sur l’Europe de la défense est révélatrice de cette ambiguïté : d’un côté, le parti critique l’OTAN et prône une indépendance militaire, de l’autre, il évite toute rupture trop brutale qui pourrait inquiéter les électeurs modérés. Une stratégie qui rappelle ce jeu d’équilibriste où l’on tente de ne pas tomber du fil tout en feignant d’être totalement maître de ses pas. Face aux incertitudes du retour de Trump et aux tensions internationales croissantes, le RN cherche une posture crédible et électoralement rentable – une équation encore non résolue.

Par ailleurs, l’invitation par le Gouvernement israélien du président du Rassemblement national en Israël, dans le cadre d’une conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme, marque un pas de plus vers l’acceptabilité du parti politique alors que le président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) voyait dans cette actualité une instrumentalisation politique de la lutte contre l’antisémitisme.

Un mois de contradictions et d’illusions perdues ?

Mars illustre à merveille la schizophrénie politique française : un Président qui retrouve une stature internationale en défendant une ligne souverainiste et stratégique, pendant qu’une classe politique nationale s’épuise dans des querelles tactiques et des débats qui semblent déphasés par rapport à l’actualité. La route vers 2027 est encore longue, mais une chose est sûre : pendant que certains pensent en années, d’autres pensent encore en semaines …